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Sur la notion de “Sorcellerie”

October 5, 2013 in Afrique, Culture & lifestyle, Togo

La tendance au mal est une aptitude que l’on peut cultiver.
D’abord le sorcier n’est pas négatif. Dans l’aire culturelle Gbè chez les Ewes la sorcellerie maléfique se nomme Eŋon(avec n de ŋotsè comme dans le verbe EWE équivalent à “briser”).
Eŋon est ce que vous appelez “sorcier” en Afrique. Mais le vocable “sorcier” est occidental. Toute la confusion réside là. Les occidentaux ne cernent pas nos cultures. Leurs vocables ne peuvent pas fidèlement désigner nos faits.
Bien sûr, Eŋon est compétent dans son domaine qui est l’énergie basse. Il n’est pas dans le constructif.
Ne mélangez pas la force d’Eŋon à la sorcellerie qui devrait équivaloir à une haute connaissance et qui est toujours constructive dans l’aire culturelle Gbè(Peuples de l’Ouest du Cameroun jusqu’au Libéria).
Lorsque les gens diront à l’avenir que les religiosités Africaines ne favorisent pas le progrès, expliquez leur d’abord l’amalgame autour des notions comme la sorcellerie. On se souvient de comment l’église à ses glorieuses heures s’était débarrassée de la sorcellerie en atténuant le pouvoir de la Femme. Cela en dit long sur l’usage de ce mot “sorcellerie” pour désigner les énergies sombres en Afrique.

On ne peut pas évoluer dans la confusion.

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4 responses to Sur la notion de “Sorcellerie”

  1. Bonjour, ta réflexion m’a fait penser à un lien sur le même sujet, dont j’ai retranscrit une partie du contenu : “Un sorcier, c’est quelqu’un qui exerce des pouvoirs maléfiques grâce à un pacte passé avec le Diable, c’est ce qui est écrit dans les dictionnaires européens depuis le XVIIIème siècle. Or, le concept de Diable, en tant qu’être surnaturel, rival de Dieu, n’existe pas dans la spiritualité africaine en général et dans la spiritualité kongo, en particulier.” En langue kongo, si le mot ndoki ne désigne pas le sorcier ou le Diable, qu’est-ce qu’il désigne ? En langue kongo, le mot ndoki désigne quelqu’un qui a une capacité de nuisance, non pas grâce à un pacte passé avec le Diable, mais grâce à un don naturel. En traduisant le mot ndoki par le mot sorcier, nous introduisons dans notre culture ancienne le concept de Diable, càd la figure inverse et concurrente de Dieu. Or, cette figure est étrangère à la culture religieuse africaine. (…)” http://www.youtube.com/watch?v=ceZMvWM95P0

    • Bien chère Monique,

      Je ne parle pas le Kongo et ne suis pas trop imprégné de la cosmogonie Kongo, bien que cette dernière ait certainement des points de convergence avec l’aire culturelle Gbè.
      Ce auquel nous devons faire attention dans l’interprétation de cette notion de sorcellerie, est de faire en sorte que Ndoki ne devienne pas diable par le truchement des nouvelles religions. En effet les nouvelles religions sont à l’origine de trop de confusions dans l’usage actuel des langues Africaines. La nuance entre le bien et le mal paraît fort radicale avec les religions nouvelles. Au demeurant, les panthéons Africains (si! il existe des panthéons Africains) ne personnifient pas un diable roi du mal contre un Dieu seigneur tout-puissant du bien.
      J’ai peur que l’usage actuel de Ndoki – bien qu’il ait trait à la nuisance – ne soit qu’une émanation des rapports de ces religions nouvelles d’avec les cultures antérieures, lorsque ce mot court signifier le diable.

      Bien à toi.

  2. J’ajoute que je suis kongo. Trouves-tu qu’entre ce que tu dis de la compréhension Gbé et celle qui est explictée de celle des Kongos par-rapport à cette notion de sorcellerie, les choses soient très différentes ? Je ne crois pas. En tous cas, ton post m’a bcp intéressée : merci.

  3. C’est ce que j’ai pensé souvent et que tu résumes assez bien de la sorte : “La nuance entre le bien et le mal paraît fort radicale avec les religions nouvelles. Au demeurant, les panthéons Africains (si! il existe des panthéons Africains) ne personnifient pas un diable roi du mal contre un Dieu seigneur tout-puissant du bien.”. Le stress d’être du “bon côté” induit de voir le mal ou le diable partout, de diaboliser l’autre de façon à établir sa propre “sainteté” à soi. Alors que les choses sont plus troubles ou plus complexes, c’est que nos côtés bons et mauvais s’interpénètrent, de façon à composer notre identité/personnalité. Et des choses paraissant bonnes ici peuvent d’ailleurs être vues comme mauvaises ailleurs. Les êtres sont double-face et ont d’ailleurs besoin de cette liberté d’aller dans les différents champs de l’être pour se trouver, en tant que personnalité et de plus personnalité évolutive. En être conscient évite bien des déceptions inutiles, est une question de survie primaire et une occasion de maturité à terme. Ce parti pris fondamental des cultures africains face au “mal” me passionne bcp et je l’ai intégré dans mon dernier film, même de façon assez allusive. Bien à toi, Mo.

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